Remarques liminaires : a) ce qui suit n’est qu’une ébauche de plan, et non une dissertation complète : lors de la rédaction finale, il conviendra surtout de ne pas se contenter de juxtaposer les arguments, et de développer certainement davantage ; b) tout ce qui figure ici entre crochets droits, toute indication correspondant à la démarche suivie, comme les notes de bas de page et les numéros des paragraphes, devront disparaître dans un devoir.

[Introduction]

[Pourquoi cette question ?]

Officiellement à l’heure actuelle, en France comme dans d’autres pays se réclamant du modèle de la démocratie avancée, il n’existerait pas de censure. La loi autoriserait par conséquent l’expression de toute opinion. Cependant, l’expression publique de certains propos, tels que les propos racistes, xénophobes, misogynes, homophobes, négationnistes, discriminatoires, diffamatoires, etc. constitue bien un délit, et non l’expression de simples opinions, lorsque de tels propos iraient à l’encontre, semble-t-il, des convictions ou des valeurs communes, lorsqu’ils en viendraient à menacer l’unité de la société, ou le vouloir-vivre ensemble.

[Position du problème]

Est-on dans l’obligation de censurer certaines prises de position publiques, lorsque ces dernières constitueraient une menace pour l’ordre public, ou bien l’expression de simples opinions n’a-t-elle à connaître aucune limite ? Dans le premier cas de figure, quel serait le fondement d’une telle obligation ?

[Annonce du plan]

Toute forme de censure ne serait-elle pas une injure faite à la liberté de pensée [1] ?

Mais certaines opinions ne s’avèreraient-elles pas dangereuses à être publiquement énoncées ?

En définitive, sous quelles limites peut-on s’autoriser à tout dire en société ?

 

[1ère partie] Toute forme de censure ne serait-elle pas une injure faite à la liberté de pensée ?

1) La liberté d’expression ordinairement reconnue dans nos sociétés donne à tout citoyen le droit de contester le conformisme établi. Si la morale par provision cartésienne par exemple nous prescrit d’obéir aux lois en vigueur, de suivre les mœurs du pays qui nous a vu naître, et de nous conformer de manière générale aux valeurs qui sont ordinairement respectées, elle n’interdit aucunement en revanche de témoigner d’une certaine indépendance d’esprit. Tout citoyen a aussi le droit de dénoncer publiquement les injustices dont il serait le témoin. Rien ne lui interdit non plus dans une authentique démocratie la critique des pouvoirs établis. Dans une authentique démocratie, le peuple est seul juge, en principe, de l’exercice des pouvoirs. Il est législateur, ce qui suppose une communauté de citoyens suffisamment responsables et fermés à toute démagogie.

2) Au regard d’une pensée qui se veut libre, aucun tabou ne peut prévaloir. Aucune religion, aucune morale religieuse, ne peuvent dans une société laïque revendiquer le droit de dicter à chacun les croyances auxquelles il devrait se conformer ou la forme de sa croyance religieuse, même au sein d’une communauté d’origine, ou encore les règles de conduite qu’il lui serait imposé de suivre. Chacun est libre de sa croyance religieuse ou de n’en professer aucune, comme de son mode de vie ou de son orientation sexuelle. Dans une République laïque comme la nôtre, rien n’autorise en particulier l’imposition à l’individu d’une religion telle que l’islam, ce qui reviendrait à l’essentialiser en fonction de ses origines. De même, tout débordement de la pratique religieuse dans l’espace public devrait être sanctionné au nom de la liberté de la personne, lorsque constituant un déni des valeurs communes, par exemple de l’égalité entre les hommes et les femmes.

3) Dans le domaine des beaux-arts tout particulièrement, l’existence d’une quelconque forme de censure ne pourrait que constituer un frein à la liberté de la création artistique. Le créateur doit impérativement se voir reconnaître le droit de déranger, de provoquer les habitudes admises, de scandaliser même son public. Dans le cas contraire, ce ne pourrait que signifier la mort de l’art, et la victoire du conformisme petit-bourgeois, que nombre d’authentiques artistes ont bien su défier, tout au contraire.

[Conclusion partielle]

Il semble bien qu’en droit, la liberté d’expression devrait être totale, ne se voir assigner aucune limite. Mais dans les faits, il existe incontestablement des limites qui lui sont assignées, et la liberté d’expression ne concerne en vérité que l’expression publique des opinions, lesquelles ne peuvent être confondues avec la pensée.

 

[2ème partie] Mais certaines opinions ne s’avèreraient-elles pas dangereuses à être publiquement énoncées ?

1) Certaines opinions sont prohibées dans leur expression publique, non pas tant en raison de leur vérité ou de leur fausseté qu’en tant qu’elles inciteraient à des actes pénalement répréhensibles, par exemple l’incitation à la haine raciale. Si la personne ne peut être jugée en principe que sur ses propres agissements, n’est-il pas en revanche parfaitement légitime que celui qui aurait incité, par ses déclarations publiques ou par un autre moyen, d’autres personnes à commettre un délit puisse être considéré comme autant coupable qu’elles, en tant qu’auteur, ou du moins inspirateur, en dernière analyse, d’un tel acte ?

2) Si personne en théorie n’est forcé de lire certains textes ou de regarder certaines images à caractère blasphématoire, pornographique, pervers, il est néanmoins difficile de les éviter dans la mesure où n’importe quel public pourrait en prendre connaissance. La loi réprime à juste titre l’incitation à la transgression des mœurs admises : dans les cas de pédophilie, d’inceste ou de corruption de mineurs par exemple. Et le caractère prétendument « artistique » de certaines œuvres de l’esprit (romans plus ou moins autobiographiques, films de cinéma, bandes dessinées dites « mangas ») ne suffit pas à les tolérer. On ne saurait non plus confondre le créateur lui-même, à supposer qu’il mérite d’être considéré comme tel, avec sa personnalité propre ou ses inavouables penchants, le cas échéant, dans le cas d’un Gabriel Matzneff par exemple.

3) Les idées aussi sont des actes, et on ne concevrait pas pourquoi elles pourraient être moins dangereuses, ou davantage excusables, que les agissements correspondants lorsqu’ils tomberaient sous le coup de la loi. L’erreur serait de considérer les premières comme inoffensives, comme pour se garder de l’erreur contraire consistant à condamner par avance certaines idées au regard des conséquences ou des implications qu’on se donnerait le droit de leur assigner. Le négationnisme par exemple est incontestablement insultant pour toutes les victimes juives du génocide. Mais la législation le réprimant n’est-elle pas à tout le moins excessive, au point d’empêcher le droit de libre examen du passé par quiconque n’appartiendrait pas à la communauté des historiens labellisés en tant que tels ?

[Conclusion partielle]

Tout ne peut être dit, au moins publiquement. L’expression publique de certaines opinions est condamnable, tant au regard de la loi que de la morale admise.

 

[3ème partie] En définitive, sous quelles limites peut-on s’autoriser à tout dire en société ?

1) Dans toute société prévaut un certain code social autorisant ce qui peut se dire publiquement, interdisant au contraire ce que nous devons garder pour nous, ce que nous pouvons penser au fond de nous, et dont l’expression publique serait au minimum inconvenante pour autrui. En l’absence d’un tel code de retenue, n’importe quel propos se donnerait libre cours : raciste, diffamatoire, injurieux pour autrui, etc., entraînant la division de la société, ne faisant qu’attiser les haines, etc.

2) Nos sociétés sont toutefois, et jusqu’à nouvel ordre [2], des sociétés républicaines, et non communautaristes. Le prétexte culturel ne saurait se trouver invoqué. De quel droit condamner certaines images ou représentations au motif qu’elles constitueraient autant d’agressions à l’égard des croyances religieuses ou des coutumes de certaines des cultures présentes dans nos sociétés désormais multiculturelles ? Il faudrait dans le cas contraire admettre que serait condamnable la moindre injure à l’encontre de n’importe quelle communauté présente sur notre sol. La liberté d’expression en serait drastiquement et singulièrement limitée dans un tel cas de figure. Et les Européens d’origine ne pourraient-ils à l’opposé s’estimer à bon droit agressés par les manifestations ostentatoires jusque sur leur terre de certains particularismes culturels ou religieux ?

3) On ne lutte jamais contre des idées en les interdisant purement et simplement, mais en les réfutant, par une discussion rationnelle, une argumentation appropriée, l’éducation des ignorants surtout. Ce qui implique que cela seul qui n’est pas réfutable par les moyens de la raison devra être effectivement censuré : les théories du complot, l’antisémitisme délirant, les superstitions les plus diffuses par exemple. Mais il se trouve cependant des idées rationnellement réfutables, mais ne pouvant être pour autant raisonnablement admises. Celles-là posent effectivement problème. Peut-on par exemple accepter sans discernement toute condamnation d’une prétendue islamophobie ? Aucune loi n’interdit en France la critique des religions. Mais il faut bien constater qu’elle doit s’arrêter dès lors qu’elle prend pour cible des croyances allogènes.

[Conclusion partielle]

La société et la raison, plutôt que la loi, la morale, les religions ou la coutume présente au sens pascalien, permettent d’assigner certaines limites à la liberté d’expression. Mais elles ressortissent davantage à l’ordre du raisonnable qu’à celui de la rationalité pure.

 

[Conclusion]

[Résumé de la démarche précédemment suivie]

Dans une première partie, on a pu constater qu’en droit, la reconnaissance de la liberté d’expression n’autorisait la censure d’aucune opinion, quelle qu’elle soit. Dans une deuxième partie, que la loi cependant imposait certaines limites à ce qui peut être publiquement énoncé ou représenté. Dans une troisième partie enfin, on a pu comprendre de quelle nature étaient ces limites qu’il est nécessaire d’assigner à la liberté d’expression.

[Réponse apportée à la question initiale, ou, le cas échéant, solution du problème]

Ainsi, en société ne peut-on pas tout dire. La liberté d’expression ne saurait être absolue, sauf à tout tolérer, mais au contraire relative à la raison comme aux valeurs communément partagées, qui permettent aux individus de vivre ensemble, et aussi, de plus en plus, à des cultures très différentes les unes des autres, mais souvent contraintes à se juxtaposer dans les faits, de coexister, au moins pacifiquement. Les différences entre les cultures peuvent bien être respectées, mais en aucune façon le métissage des valeurs qui pourrait nous être imposé.

[Et c’est tout ! Surtout pas de question, de prétendu « élargissement », « ouverture » sur une autre question, d’exemple ou de nouvel argument en fin de conclusion !]


[1] C’est-à-dire d’opinion, à distinguer de la liberté de penser, c’est-à-dire de réflexion critique.

[2] Les déclarations publiques de certains politiques, de l’extrême gauche à la droite de la droite, sont à cet égard totalement irresponsables, et pour le moins préoccupantes : aucun droit n’est à accorder à ceux qui ne chercheraient pas à s’assimiler pleinement à la société qui les accueille, excepté le droit au retour. Mais la France, comme l’Allemagne, la Suède, la Belgique, etc., ne sont-elles pas déjà trop généreuses à l’égard de leurs migrants, en leur reconnaissant des droits dont eux-mêmes comme tout étranger sont privés chez eux ?


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