Remarques liminaires : a) ce qui suit n’est qu’une ébauche de plan, et non une dissertation complète : lors de la rédaction finale, il conviendra surtout de ne pas se contenter de juxtaposer les arguments, et de développer certainement davantage ; b) tout ce qui figure ici entre crochets droits, toute indication correspondant à la démarche suivie, les tirets comme les notes de bas de page et les numéros des paragraphes, devront disparaître dans un devoir.

[Introduction]

[Pourquoi cette question ?]

L’énoncé peut être compris de trois manières distinctes au minimum :

-        l’homme des droits de l’homme serait celui dont les droits incessibles et inaliénables sont proclamés, c’est-à-dire ceux de la personne humaine en général ;

-        cela pourrait être tout aussi bien l’homme considéré comme le produit de ces droits, c’est-à-dire l’homme nouveau qu’on chercherait à forger ;

-        cela pourrait être encore le destinataire des différentes déclarations des droits de l’homme et du citoyen, celui auquel on s’adresserait.

La difficulté tiendrait au caractère prétendument universel des droits de l’homme : les hommes, quand bien même formeraient-ils un genre unique, sont depuis toujours séparés les uns des autres par leurs origines, leur appartenance culturelle, leurs croyances, leurs intérêts, etc. Et on a pu historiquement constater les difficultés à imposer à tous les peuples le respect d’une même conception des droits de l’homme. Des guerres de libération du passé à l’actuel droit d’ingérence humanitaire, celle-ci ne révèlerait-elle pas depuis longtemps son caractère occidentalo-centré ?

[Position du problème]

L’homme des droits de l’homme peut-il être l’homme réel en tant que sujet de droits, ou bien ne serait-il pas encore un objet à constituer dans une large mesure ?

[Annonce du plan]

L’universalité des droits de l’homme n’est-elle qu’apparente, ou bien réelle ?

Mais en quoi les droits de l’homme seraient-ils critiquables ?

En définitive, ne pourrait-on envisager une autre conception des droits de l’homme que celle aujourd’hui ordinairement partagée ?

 

[1ère partie] L’universalité des droits de l’homme n’est-elle qu’apparente, ou bien réelle ?

1) Les droits de l’homme ont vocation à s’adresser à tout homme, sans distinction de race, de couleur de peau, de langue, d’appartenance ethnique, culturelle ou de classe. Au travers de la lecture des différentes déclarations, on peut constater que leur caractère universaliste ne soulève pas le moindre doute.

2) Il est affirmé que tout homme en tant qu’être doué de raison doit s’estimer concerné par la proclamation de ses droits, devant se réconcilier avec lui-même pour pouvoir créer lui-même les conditions de son bonheur. Il est question de l’humanité de l’homme considérée comme devant encore s’accomplir. Le préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 l’affirmait, invitant à dépasser « l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme » pour faire reconnaître « les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme ».

3) On remarquera la majuscule, inusitée, au mot « homme » : désignant un être abstrait, à distance infinie des hommes et des femmes réels [1], enracinés, comme du citoyen, membre actif de son peuple ou de sa nation.

[Conclusion partielle]

Le caractère universel des droits de l’homme, incontestable, n’est cependant qu’invoqué. Il s’agirait là d’un universalisme sans personne.

 

[2ème partie] Mais en quoi les droits de l’homme seraient-ils critiquables ?

1) Sont affirmées des exigences de droit, faisant fi par avance de leur accomplissement effectif : les droits de l’homme sont ce qui devrait être partout et toujours respecté, malgré les atteintes aux droits élémentaires de la personne, les tyrannies, les génocides, certains perpétrés au nom de la défense même des droits de l’homme.

2) Les droits de l’homme sont affirmés comme étant ce qui ferait défaut ou ce qui manquerait encore aux hommes, et non les droits qui leur appartiendraient déjà en propre. Il faudrait dans le cas contraire faire droit aux revendications ordinaires des minorités : droit des peuples à être protégés de toute ingérence étrangère, à l’autonomie linguistique et culturelle, à l’autodétermination, à la préservation de leurs origines ethniques contre toute volonté de métissage, etc.

3) Les premières déclarations des droits de l’homme ont indéniablement vu le jour dans un contexte particulier, où l’individu apparaissait comme dissociable de son groupe ou de sa communauté d’appartenance. Leur proclamation supposait la dissolution de la société d’ordres de l’Ancien Régime, dans laquelle la personne, définie par la naissance, appartenait d’abord à une famille, une corporation, une région, etc. S’en est historiquement ensuivi la fin des réseaux de solidarité entre les personnes : chaque individu est désormais seul, et ne tire plus sa valeur que de lui-même, en attendant qu’on ne la mesure plus, comme aux USA, qu’à ses seuls revenus.

4) La critique la plus sévère de l’idéologie des droits de l’homme a été celle de Karl Marx dans La Question juive : comme mystification à l’usage de l’individu bourgeois, dont il s’agirait de faire reconnaître les intérêts de classe contre les privilèges de la noblesse d’Ancien Régime, alors en déclin. La Révolution française ne s’est-elle pas historiquement accomplie à l’avantage de la bourgeoisie ? On en voit encore aujourd’hui les effets dans le triomphe de l’idéologie libérale. Mais de là à reconnaître dans les droits de l’homme des droits bourgeois qu’on s’autoriserait ainsi à bafouer, il est sans doute un pas à ne pas franchir.

[Conclusion partielle]

La relativité des droits de l’homme tels qu’ils ont été historiquement proclamés ne fait aucun doute.

 

[3ème partie] En définitive, ne pourrait-on envisager une autre conception des droits de l’homme que celle aujourd’hui ordinairement partagée ?

1) Les déclarations des droits de l’homme sont aujourd’hui des plus diverses. Celle, islamique, promulguée en 1981 sous l’égide de l’UNESCO, pose problème. L’Arabie saoudite ayant refusé la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 aux motifs que la charîa, qui aurait prétendument vocation pour les musulmans à prévaloir sur les lois humaines, n’autorisait pas le mariage d’une musulmane avec un non musulman, le droit de renier l’islam, de changer de religion ou de n’en professer aucune, le droit de grève, de s’affilier à un syndicat, etc., il a été proclamé une telle charte, pour le moins liberticide. Aucune protestation ne s’est jamais fait entendre, de la part d’Amnesty International, de la Ligue des droits de l’homme ou d’autres associations, à l’heure où les intérêts économiques triomphent sans partage, imposant des alliances contre nature de l’Occident avec des puissances barbares culturellement attardées ou dégénérées.

2) De manière générale, l’individualisme abstrait en lien avec l’idéologie des droits de l’homme a débouché sur un humanitarisme occidentalo-centré et un légalisme sans racines, ne pouvant satisfaire personne en particulier. Il conviendrait de rompre avec cette liberté promise, « liberté du vide » (Hegel), par laquelle l’individu prétend reconstruire la réalité du monde à partir de lui-même, proclamé comme centre.

3) Contre les droits de l’homme, l’époque exigerait plutôt de voir proclamer ses devoirs, supposant des hommes et des femmes pleinement conscients de leurs responsabilités plutôt qu’incités en permanence à revendiquer leurs libertés, comme pour mieux donner libre cours à leur égoïsme natif. Il s’imposerait encore de faire reconnaître les droits des peuples contre ceux d’une humanité abstraite ne correspondant à aucune réalité.

[Conclusion partielle]

À supposer qu’on accepte le principe même d’une proclamation des droits de l’homme, ceux-ci correspondraient, plutôt qu’à des droits réels qu’il s’agirait de faire reconnaître, à un programme qui serait encore à accomplir, mais dans un autre sens que celui de l’individualisme prédominant.

 

[Conclusion]

[Résumé de la démarche précédemment suivie]

Dans une première partie, nous avons établi que l’universalité des droits de l’homme n’était que rêvée. Dans une deuxième partie, nous avons constaté le caractère critiquable de l’idéologie des droits de l’homme, en lien avec leur relativité historique. Dans une troisième partie enfin, nous avons montré que les droits de l’homme restaient encore largement à reconstruire.

[Réponse apportée à la question initiale, ou, le cas échéant, solution du problème]

L’homme des droits de l’homme, loin de correspondre à la personne réelle, n’est jamais qu’un universel abstrait. Il conviendrait par conséquent de se méfier de l’idéologie correspondante, laquelle empêcherait de penser les différences entre les hommes. Les hommes comme les femmes ne sont certainement pas réductibles les uns aux autres, sauf à vouloir l’homogénéisation et l’indifférenciation complète du genre humain.

[Et c’est tout ! Surtout pas de question, de prétendu « élargissement », « ouverture » sur une autre question, d’exemple ou de nouvel argument en fin de conclusion !]


[1] Beaucoup de mes élèves, pavlovisés par leurs années d’école primaire, le comprennent ainsi : l’« Homme » inclurait l’homme et la femme, par opposition à l’« homme », qui désignerait exclusivement l’individu de sexe masculin ! Cf. infra.


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